Que dire aux patients psoriasiques souhaitant être tatoués ?

Que dire aux patients psoriasiques souhaitant être tatoués ?

Le tatouage est une pratique devenue courante, en particulier chez les jeunes. On estime à 10-30% le pourcentage des personnes tatouées dans les pays occidentaux. En France, 17% de la population adulte a au mois un tatouage. Cette pratique expose au risque de complications telles que le prurit, les infections et allergies….

Il n’existe pas de données claires sur les risques liés à la réalisation d’un tatouage chez les patients psoriasiques, en particulier ceux recevant un traitement systémique ou biologique. Plusieurs cas de phénomène de Koebner ont été rapportés, mais aucune complication sévère, en particulier infectieuse, n’a été rapportée chez des patients sous traitements immunosuppresseurs.

Une enquête de pratique menée auprès de dermatologues français, italiens et finlandais a mis en évidence une réticence des dermatologues vis-à-vis de la réalisation de tatouages chez leurs patients psoriasiques.

Une étude a été menée au sein du GEM Resopso dont l’objectif était  d’évaluer la fréquence des complications après tatouage chez les patients psoriasiques, en fonction du type clinique du psoriasis et des traitements reçus au moment du tatouage.

psoriasis-tatouage

Un questionnaire était rempli par le patient pour savoir s’il était tatoué, si non s’il avait souhaité l’être ou souhaitait le devenir. Si le patient était tatoué, le dermatologue remplissait un questionnaire sur les caractéristiques du patient (données démographiques, histoire médicale et du psoriasis, nombre de tatouages). Enfin, pour chaque tatouage un questionnaire était rempli avec la date de réalisation, la localisation, la taille, la couleur, le traitement en cours pour le psoriasis au moment de sa réalisation et les éventuelles complications (prurit, oedème, réaction allergique, infection , granulome et réactions lichénoïde, photosensibilité, phénomène de Koebner, poussée de psoriasis).

En 5 mois, 2053 patients étaient inclus, dont 414 (20,2%) étaient tatoués.

Parmi les patients non tatoués :

5,7%

souhaitent le devenir.

15,4%

auraient souhaité l’être

44%

y ont renoncé du fait de leur psoriasis, des traitements de leur psoriasis ou sur recommandation de leur médecin

Parmi les 414 sujets tatoués on dénombrait 894 tatouages (1 à 13)

77%

étaient noirs

59,3%

se situaient sur les membres supérieurs

95,2%

couvraient moins de 5% de la surface cutanée

Le tatouage avait été réalisé après l’apparition du psoriasis dans 61,7% des cas, et sous traitement dans 22,6% des cas (dermocorticoïdes 8,1%, traitement systémique 6,3% et biothérapie 7,5%).

Une complication locale était rapportée pour 6,6% des tatouages :

2,1%

oedème

2,7%

prurit

0,2%

allergie

0,7%

infection locale

3%

phénomène de Koebner

Elles étaient plus fréquentes chez les patients en cours de traitement pour leur psoriasis. La fréquence des complications était identique pour le groupe « tatouage avant le début du psoriasis » et le groupe « psoriasis sans traitement ».

Une poussée de psoriasis était déclenchée par le tatouage dans 29 cas (3,2%), indépendamment de l’existence d’un phénomène de Koebner. Ceci était plus fréquent dans le groupe « psoriasis avec traitement ».

Parmi les patients ayant été tatoués sous traitement pour leur psoriasis, la survenue des complications locale semblait plus fréquente chez les patients sous traitement systémique ou sous biothérapie que ceux sous traitement local, cette différence n’était pas statistiquement significative.

Cette étude apporte de informations importantes sur les tatouages chez les patients psoriasiques. Le taux de complication locale est de seulement 6,6%, et le taux de poussées de psoriasis de 3,5%. Dans la littérature le taux de complication après un tatouage varie en population générale de 2,1 à 67,5%, dépendant de la méthodologie. Les taux de survenue d’œdème, de prurit, d’allergie et d’infections  de cette étude sont similaires à ceux rapportés dans la population générale dans d’autres études. Aucun cas de photosensibilité, granulome, réaction lichénoïde ou cancer n’était rapporté. Le taux de phénomène de Koebner était de 3%, bien inférieur à celui rapporté dans une série de 90 patients psoriasiques tatoués (28%).

La limite principale de cette étude est un biais de mémorisation, qui a pu sous-estimer la fréquence des complications.

Conclusion

En conclusion, le taux de survenue de complication après un tatouage chez les patients psoriasiques est faible, mais les complications surviennent plus fréquemment chez les patients en cours de traitement pour leur psoriasis. La complication la plus fréquemment rapportée était le phénomène de Koebner, qui est transitoire et facilement traitable.  Aucune complication grave n’a été mise en évidence dans cette étude. Ces éléments doivent permettre d’éclairer les patients psoriasiques sur leur décision de réaliser un tatouage.

Auteur : Dr Anne-Claire Fougerousse, Dermatologue, praticien hospitalier Hôpital Bégin Saint Mandé (94) 

Tattoo complications in treated and non-treated psoriatic patients. C Grodner A. Beauchet, A.-C. Fougerousse, N. Quiles-Tsimaratos, J.-L. Perrot, H.Barthelemy, J. Parier, F. Maccari, N. Beneton, D. Bouilly-Auvray, M. Ruer-Mulard, C.Boulard, C. Jacobzone, D. Thomas-Beaulieu, D. Pourchot, L. Méry-Bossard, G. Chaby, C. Girard, A.-B. Duval-Modeste, A. Vermersch-Langlin, J. Delaunay, S. Marc, M.Kemula, M. Steff, P. Bilan, A.-L. Liégeon, H. Aubert, B. Solyga, N. Kluger, E.Mahé, for the GEM Resopso. Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology 2019, in press